28.09.2008

Nicolas Gomez Davila (XIX)

La crucifixion, selon le christianisme d’aujourd’hui, ne fut qu’une lamentable erreur judiciaire.

Une révolution est légitime uniquement lorsque le révolutionnaire sent dans la moelle de ses os que la société contre laquelle il se soulève est, légalement, coupable de rébellion.

N’espérons pas que la civilisation renaisse tant que l’homme ne se sentira pas humilié de se consacrer corps et âme à des tâches économiques.

Il a été donné à ce siècle d’inventer le pédantisme de l’obscénité.

La ferveur du culte que le démocrate rend à l’humanité n’a d’égale que la froideur par laquelle il manifeste son manque de respect pour l’individu. Le réactionnaire, lui, dédaigne l’homme, sans trouver aucun individu méprisable.

Le Progrès se réduit finalement à voler à l’homme ce qui l’ennoblit, pour pouvoir lui vendre au rabais ce qui l’avilit.

Les anciens despotismes se contentaient de confiner l’homme dans sa vie privée, ceux à la mode du jour préfèrent qu’il n’ait qu’une vie publique.

Pour domestiquer l’homme, il suffit de politiser tous ses gestes.

Les trois ennemis de l’homme sont : le démon, l’Etat et la technique.

Le capitalisme est abominable parce qu’il assure la répugnante prospérité promise en vain par le socialiste qui le hait.

Quand la patrie n’est pas le territoire des temples et des tombes, mais une simple somme d’intérêts, le patriotisme est déshonorant.

Les insolences de l’adolescent ne sont que les ruades de l’âne qui se fait à son écurie. Tandis que l’insolence de l’adulte qui secoue soudain de ses épaules les années de patience sous lesquelles il s’est courbé est un spectacle admirable.

L’éthique doit être l’esthétique du comportement.

Le christianisme n’a pas inventé la notion de péché, mais celle de pardon.

Il y a deux sortes de niais :
Ceux qui « veulent être comme les autres »,
Ceux qui « ne veulent pas être comme les autres ».

 

Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie

Le tableau de la semaine - Bellini




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Giovanni Bellini, Sacra Conversazione, 1490, Galleria dell' Accademia, Venise

La bonne nouvelle du jour

C’est par là-bas que tout avait commencé vers 1291 et c’est peut-être là-bas que tout va recommencer car la population du demi-canton de Nidwald, dans la Suisse dite « primitive », a refusé une loi interdisant la fumée dans les cafés et restaurants. Les Waldstaetten  se sont débarrassés des Autrichiens il y a sept siècles et on est heureux de constater qu’ils ont su conserver le même esprit aujourd’hui face aux baillis de l’hygiénisme. L’esprit de Guillaume Tell vit toujours et il conviendra de le cultiver.  Par contre, après ceux de Genève au printemps dernier, les cagots protestants de Zurich et Bâle-Ville ont malheureusement accepté une loi semblable.

W.

22.09.2008

Nicolas Gomez Davila (XVIII)

Le catholique progressiste prétend restaurer le christianisme primitif en rapetassant le moralisme humanitaire des abbés incrédules du XVIIIème siècle.

Etre chrétien à la mode actuelle consiste moins à nous repentir de nos péchés qu’à nous repentitr du christianisme.

Est cultivé l’homme pour qui rien n’est dénué d’intérêt, et presque tout d’importance.

Plus les hommes se sentent égaux, plus ils tolèrent facilement qu’on les traite comme des pièces interchangeables, remplaçables et superflues. L’égalité est la condition psychologique préalable aux massacres scientifiques et impassibles.

Le peuple n’envahit que les palais déjà désertés.

La société libre n’est pas celle qui a le droit d’élire ceux qui la gouvernent, mais celle qui élit ceux qui ont le droit de la gouverner.

Les opinions révolutionnaires ouvrent la seule carrière, dans la société actuelle, qui assure une position sociale respectable, lucrative, et paisible.

Cela fait deux siècles que le peuple a sur le dos non seulement ceux qui l’exploitent, mais aussi ses libérateurs. Son dos est courbé sous ce double poids.

« Dieu est mort », s’est exclamé ce Vendredi saint que fut le XIXème siècle. Aujourd’hui nous vivons dans le silence atroce du samedi. Dans le silence de la tombe habitée. En quel siècle se lèvera, sur la tombe désertée, l’aurore du Dimanche pascal ?

Le gens de gauche ne sont pas les représentants des pauvres, mais les délégués des idées pauvres.

Le vrai catholique dissimule sa foi. Non pas qu’il en ait honte, mais pour qu’elle n’ait pas honte de lui.

Les prises de position révolutionnaires de la jeunesse moderne sont des preuves irréfutables de ses aptitudes à la carrière administrative. Les révolutions sont de parfaites couveuses à démocrates.

La vie est une fabrique de hiérarchies. La mort seule est démocratique.

« Dignité de l’homme », « grandeur de l’homme », « droits de l’homme », etc. ; hémorragie verbale que la simple vue de notre visage, le matin dans le miroir, quand nous nous rasons, devrait tarir aussitôt.

Ayant promulgué le dogme de l’innocence originelle, la démocratie conclut que le coupable du crime n’est pas l’assassin qui convoite, mais la victime qui a excité sa convoitise.


Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie

21.09.2008

Emma Bovary c'est lui.

D’après un article du Matin Dimanche certains parents tendance n’hésitent plus à appeler leur fils Emma.
On attend avec impatience le romancier qui nous livrera les secrets de  Monsieur Emma.

Une convulsion le rabattit sur le matelas. Tous s’approchèrent. Il n’existait plus.

W.

Hommage à Tomi Tomek

Personne n’ignore que l’homme moderne passe l’essentiel de son temps à se battre. Se battre contre les injustices, se battre contre le réchauffement de la planète, se battre contre la hausse des primes d’assurances, se battre contre Georges Bush, se battre contre son propriétaire, se battre conte un tabou, etc., etc.  L’homme moderne est un combattant, l’homme moderne est un héros qui risque quotidiennement sa vie contre des hordes de barbares assoiffés de sang.  Le héros moderne est aussi  souvent une femme ce qui est normal vu que l’homme moderne ressemble de plus en plus souvent à une femme.
Nous aimerions donc rendre ici hommage à une femme, une vraie, une héroïne, j’ai nommé Tomi Tomek qui,  après une lutte sans merci de plusieurs années a réussi à faire interdire la vente de peaux de chats, un commerce qui représentait jusqu’à présent les deux tiers du PIB de la Suisse, bien avant les montres, le chocolat et la finance.
Mais pour Tomi Tomek la lutte ne s’arrête jamais. Ayant à peine triomphé, elle reprend les armes pour lutter contre un autre fléau, la consommation de viande chat. Alors que tout le monde croit que le plat national des Helvètes est la fondue plusieurs millions de ravissants félins sont encore consommés chaque année entre Genève et Zürich. Gageons que grâce à Tomi cela ne va pas tarder à changer et que nous allons entrer dans une nouvelle ère de solidarité et de convivialité entre l’humain et les raminagrobis. Mais d’autres combats seront encore à mener, comme la lutte contre la surcharge pondérale des minets, la lutte contre les violences machistes des matous faites aux chattes et la lutte contre l’anorexie des minettes, fléau ayant pour cause les modèles utilisés dans les pubs Whiskas. Tomi Tomek va donc continuer à se battre et non savons qu’elle triomphera et qu’elle sera récompensée comme elle le mérite. Pour lui rendre hommage on pourrait par exemple songer à donner son nom à une marque de bouffe pour chats…

W.

Le tableau de la semaine - Turner

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Joseph Mallord William Turner, The "Fighting Temeraire" tugged to her Last Berth to be broken up,
1838-39, National Gallery, London

20.09.2008

Nicolas Gomez Davila (XVII)

A la littérature appartient tout livre qu’on peut lire deux fois.

En un siècle où les médias publicitaires divulguent un nombre infini de sottises, l’homme cultivé ne se définit pas par ce qu’il sait mais par ce qu’il ignore.

Les aristocraties sont les enfantements normaux de l’histoire, les démocraties en sont les avortements.

La vénération de l’humanité est répugnante, comme tout culte de soi-même.

Rien ne donne plus d’aisance au révolutionnaire pour ordonner d’innombrables exécutions que de se savoir opposé à la peine de mort.

L’inintelligible est la région où l’âme, enfin, respire.

L’homme de gauche se préoccupe autant des problèmes du XIXème siècle qu’il reste indifférent à ceux du XXème.

L’incrédule s’imagine que la religion prétend apporter des solutions, tandis que le croyant sait qu’elle promet seulement de multiplier les énigmes.

Le monde moderne n’est pas une calamité définitive. Il y a des dépôts d’armes clandestins.

La Révolution française paraît admirable à celui qui la connaît mal, terrible à celui qui la connaît mieux, grotesque à celui qui la connaît bien.

Les projets de l’homme manquent d’intérêt. Seule l’histoire est intéressante. C'est-à-dire : ce que Dieu fait des projets des hommes.

Il y a deux formes symétriques de barbarie : celle des peuples qui n’ont que des coutumes et celle des peuples qui ne respectent que des lois.

L’intelligence sans préjugés est simplement celle qui connaît les siens.

La liberté, pour le démocrate, ne consiste pas à pouvoir dire tout ce qu’il pense, mais à n’avoir pas à penser tout ce qu’il dit.

Aujourd’hui, se dire « chrétien » est généralement une façon d’indiquer qu’on ne lutte pas contre le christianisme de dehors, mais du dedans.


Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie

14.09.2008

Le tableau de la semaine - Francis Picabia

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Francis Picabia, L'adoration du Veau, 1940-1941, Paris, Centre Georges Pompidou

Nicolas Gomez Davila (XVI)

Ce qu’on pense contre l’église, si l’on ne le pense pas depuis l’Eglise, manque de tout intérêt.

La foi, c’est ce qui nous permet de nous égarer dans n’importe quelle idée, sans perdre de vue le chemin du retour.

Les partis libéraux ne comprennent jamais que le contraire du despotisme n’est pas la niaiserie, c’est l’autorité.

Les sociétés agonisantes luttent contre l’histoire en émettant des lois, comme les naufragés contre les eaux en poussant des cris. Brefs remous.

La sagesse, en ce siècle, consiste avant tout à savoir supporter la vulgarité sans se mettre en rage.

Aujourd’hui le riche vit sa richesse avec une avidité de pauvre enrichi et le pauvre sa pauvreté avec une rancœur de riche dépossédé.
La richesse a perdu ses vertus propres et la pauvreté les siennes.

L’individualisme moderne se réduit à faire passer pour personnelles et originales les opinions partagées par tout le monde.

Prendre le pauvre sous son aile a toujours été, en politique, le moyen le plus sûr de s’enrichir.

Quand les convoitises individuelles se rassemblent, nous avons pris l’habitude de les appeler nobles aspirations populaires

Le gauchiste hurle à la mort de la liberté quand ses victimes refusent de financer leur propre assassinat.

La dignité de l’homme réside en la soumission qui le libère.

L’authentique révolutionnaire se soulève pour abolir la société qu’il déteste, le révolutionnaire actuel se rebelle pour hériter d’une société qu’il envie.

Le prêchi-prêcha progressiste nous a pervertis à un tel point qu personne ne croit être celui qu’il est, mais celui qu’il n’a pas réussi à être.

La « culture » n’est pas tant la religion des athées que celle des incultes.

Mûrir ne consiste pas à renoncer à nos aspirations, mais à admettre que le monde n’est pas obligé d’y satisfaire.

 

Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie

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