15.06.2009
L'opinion publique n'est pas l'opinion populaire
La question de savoir ce qu’est l’opinion publique et même de savoir si elle existe a donné lieu à de nombreuses hypothèses et discussions.
C’est en lisant l’ouvrage de Roger Chartier Les origines culturelles de la révolution française que j’ai eu l’occasion de trouver la meilleure analyse et la plus crédible de l’opinion publique. Sans doute parce qu’il s’agit d’un livre d’histoire qui fait fi de tous le vaseux verbiage sociologique.
En revenant au XVIIIe siècle, nous verrons que l’opinion publique est loin d’être celle du peuple ou celle de la majorité, que ce « public » est avant tout un public autorisé et que ce qui était vrai il y a deux siècles est toujours valable aujourd’hui
C’est en effet durant le « Siècle des Lumières » qu’apparaissent les premières définitions de ce qu’est l’opinion publique.
Pour Kant, qui s’interroge en 1784 sur les meilleurs usages de la raison et sur les « conditions nécessaires aux progrès des Lumières » il est nécessaire comme le dit Chartier de constituer « une communauté où pourront se fortifier les usages de chacun, où pourront être partagées les hardiesses des plus précoces ». Ce projet donne à Kant l’occasion de distinguer les concepts de public et de privé. Pour le philosophe allemand, l’ « usage privé » de la raison est lié à l’exercice d’une charge, d’un office, tels que celui du prêtre devant ses fidèles ou de l’enseignant devant ses élèves. Alors que pour nous l’Eglise ou l’école sont par définitions des lieux où s’exprime la dimension publique de la raison ce n’est pas le cas de Kant car pour lui l’usage de la raison se fait ici dans un cadre institutionnel alors que l’usage public de la raison ne peut se faire qu’en dehors de tout lien de domination et de hiérarchie. Le public, pour Kant, est une « société civile universelle » qui n’est pas inscrite territorialement et qui n’a pas de limite dans sa composition et c’est uniquement dans cette société civile que peut se faire un usage public de la raison.
Cette « société civile universelle » n’est bien sur pas composée de n’importe qui. C’est celle des savants ou en tout cas de ceux qui lisent. « J’entends par usage public de notre propre raison celui que l’on fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit », précise le philosophe. Ce public constitué par « ceux qui ont les mêmes droits, qui pensent par eux-mêmes, parlent leur nom propre, et qui communiquent par l’écrit avec leurs semblables » ne saurait en outre limiter l’exercice de sa raison critique à un domaine particulier mais au contraire étendre ses opinions aux arts, aux sciences et à la religion.
A ce stade, on se rend compte déjà que ce public habilité à exercer sa raison et à donner son opinion est limité et que s’instaure une nette distance entre l’ «opinion publique » et le « peuple ». Comme le précise Chartier, « dans les dernières décennies de l’Ancien Régime l’opinion publique est précisément définie comme le contraire même de l’opinion du plus grand nombre ».
Les philosophes de Lumières vont même ériger cette opinion publique en autorité souveraine devant laquelle même les souverains devront s’incliner car elle est considérée comme « nécessairement stable » et « fondée en raison » à l’inverse d’une opinion populaire vue comme instable, versatile ou passionnée. L’opinion publique, c’est au XVIIIe siècle et à l’approche de la Révolution, l’opinion des « hommes de lettres » dont la compétence et l’autorité ne connaitrait pas de bornes ne dépendant pas de l’autorité du prince. Mieux, l’opinion publique se voit comme un tribunal suprême. Ecoutons Malesherbes s’adresser à l’Académie française en 1775 : « Il s’est élevé un tribunal indépendant de toutes les puissances et que toutes les puissances respectent, qui apprécie tous les talents, qui prononce sur tous les gens de mérite. Et dans un siècle éclairé, dans un siècle où chaque citoyen peut parler à la nation entière par le voie de l’impression, ceux qui ont le talent d’instruire les hommes et le don de les émouvoir, les gens de lettres en un mot sont au milieu du public dispersé ce qu’étaient les orateurs de Rome d’Athènes au milieu du public assemblé ».
Deux siècles nous séparent maintenant des « Lumières » mais nous pouvons considérer que, malgré l’évolution des techniques de communication et l’élargissement de la « communauté de ceux qui lisent et de ceux qui écrivent », la définition de l’opinion publique développée ci-dessus tient toujours.
L’opinion publique donc bel et bien, elle n’est pas l’opinion du peuple, elle n’est même pas l’opinion de tous ceux qui écrivent et qui sont lus mais, on le voit dès le 18ème siècle elle est celle de ceux qui occupent une position dominante dans l’espace intellectuel, culturel et médiatique. Et pour pouvoir accéder à une telle position l’exigence sera, toutes choses égales par ailleurs, d’avoir une opinion conforme à l’opinion publique. L’opinion publique, tant au niveau de ses idées que des individus qui la composent fonctionne ainsi en circuit fermé. Aujourd’hui, le tri de ce qui sera considéré comme pouvant être intégré dans l’opinion publique, tant au niveau des idées que des personnes, est une des tâches du clergé médiatique.
Cette opinion publique n’est certes pas d’une rigidité absolue dans ses idées ou son idéologie, elle peut varier selon le contexte et être influencée mais, pour l’essentiel, en tant qu’invention de la modernité, l’opinion publique défend et porte les idées « modernes », c'est-à-dire pour l’essentiel des croyances et des superstitions telles que le « progrès », l’ «humanité », les « droits de l’homme », « l’égalité », etc.
Finalement, l’opinion publique est celle de ceux qui croient savoir mais qui ne savent pas qu’ils croient.
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01.01.2009
Journée mondiale de la Paix
C'est donc l'occasion de rendre hommage à Clausewitz...qu'il ne faut jamais oublier.
Erich Ludendorff, adjoint au commandement suprême de l'armée allemande de 1916 à 1918 réorganisa cette dernière et eut également la haute main sur l'économie de guerre en la plaçant sous la direction du haut commandement allemand. La "dictature" qu'il exerça sur l'économie modernisa et rééquipa l'armée allemande.
La grande offensive qu'il déclencha le 21 mars 1918 en Picardie - l'opération "Michel" ( 76 divisions, 6608 canons et 3434 mortiers ) échoua et ce fut le début de la fin pour les Centraux, mais cette offensive aurait pu ... mais aurait pu quoi, justement.
C'est le thème de l'article que la NRH consacre à Ludendorff dans son dernier numéro sous la plume de Wolfgang Venhor.
Comme le démontre l'article, Ludendorff a négligé la fameuse maxime clausewitzienne selon laquelle la guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens "car l'intention politique est la fin - la guerre est le moyen ; et jamais le moyen ne peut être pensé sans fin". Tout à sa recherche de la seule puissance et de la seule efficacité militaire et ayant obtenu la subordination des responsables politiques au commandement militaire Ludendorff lança son offensive sans se préoccuper d'un objectif politique, comme par exemple celui de pousser les Alliés à des négociations.
Comme le dit l'auteur, Ludendoff a conduit la guerre en utilisant ses moyens militaires sans aucune fin politique. "En dépit de ses talents, il n'était pas un commandant en chef au sens fort du terme".
16:06 Publié dans Histoire, Journées mondiales | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : clausewitz, histoire, journée mondiale de la paix
26.12.2008
La Révolution des nuls par les nuls pour les nuls
La collection « l’histoire pour les nuls » est pratique dans le sens où elle informe sur ce qu’il convient de dire et penser sur tel chapitre de l’histoire.
« L’histoire de la Révolution pour les nuls » confiée à l’historien suisse Alain-Jacques Czouz-Tornare ne fera pas exception à la règle.
L’auteur nous avertit dans Le Matin d’aujourd’hui que son livre sur la révolution « va déranger. Il offrira une vision nouvelle des événements » ; exactement le genre de petite phrase, un aveu faudrait-il dire, qui nous informe qu’aucune surprise n’est à attendre et que l’opus du monsieur sera parfaitement conforme au catéchisme démocratico-égalitaro-droidel’hommiste. On pourra notamment y lire que « les grands responsables de la Révolution et de ses tueries ne sont pas les révolutionnaires, mais les contre-révolutionnaires. Les royalistes, au lieu d’accompagner le mouvement d’ouverture de la société, un mouvement inéluctable, ont empêché toute évolution pacifique ». Voilà, il faut donc comprendre que les Vendéens par exemple n’étaient pas assez ouverts et tolérants, trop repliés sur eux-mêmes et que ce qui leur est arrivé était parfaitement normal, inéluctable.
En fait ce M. Czouz-Tornare nous fait ici un magnifique aveu : celui de la nature intrinsèquement exterminatrice de la superstition progressiste
15:31 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, révolution française, histoire, l'histoire de la révolution pour les nuls, czouz-tornare
11.10.2008
Pourquoi l'homme du XIIe siècle n'a pas existé
Je mets ici en ligne un excellent petit texte signé Céline Magrini paru dans le dernier numéro de La Nation, organe de la Ligue vaudoise.
Pourquoi l’homme du XIIe siècle n’a pas existé.
Du point de vue de l’homme du XXIe siècle, l’homme du Moyen Age est un homme « sans ». Sans orange, sans tomate, sans chocolat, sans café, sans thé, sans tabac, sans coca, sans cocaïne, etc.… globalement : sans excitants. (Sans calmants son plus d’ailleurs). On comprend bien qu’il abusait des épices.
Evidemment, sans écran de toute taille et sorte, sans appareils portables de toute espèce et raison, sans congés payés, sans la Française des Jeux : bref, sans plaisirs. Il est aussi pense-t-on, un homme sans suffrage universel, sans Droits de l’Homme, et sans tout-à-l’égout ; sans sécurité sociale, sans vaccins, sans pesticides, fongicides, insecticides ni bombe atomique bref, sans protection. On comprend pourquoi il se cachait derrière de si hauts remparts.
Sans perspective dans l’art, ce qui appellerait de longs et fructueux commentaires, mais non pas sans perspectives d’avenir, au contraire : à l’opposé de la plupart d’entre nous ses perspectives d’avenir étaient vertigineuses, puisqu’elles ne recouvraient pas moins que l’Eternité du Paradis, du Purgatoire ou de l’Enfer, réduisant sa vie terrestre à un simple préambule.
Les éclairés du XVIIIe siècle l’ont privé aussi de lumière ; et le quidam des XXe et XXIe siècles a l’habitude de dire : « L’homme du Moyen Age croyait que la terre était plate ». Peut-être faudra-t-il encore dix siècles pour que l’on se mette à dire : « L’homme des temps modernes croyait que l’homme du Moyen Age croyait que la terre était plate. »
Même les fées, les enchanteurs, les elfes et les dragons, il ne les avait pas : il les a rêvés, nous les avons créés.
Bien sûr, il y a le chevalier. Mais le chevalier est un paradoxe sur quatre pattes (celles de sa monture, bien sûr), une contradiction incroyable, inacceptable pour nous : un guerrier chrétien… L’idéal chevaleresque prétend concilier l’art et les vertus de la guerre avec les idéaux de paix, de charité et d’amour du Christianisme. Inacceptable. Voilà pourquoi notre attitude à son égard est tout aussi paradoxale, car nous passons notre temps à façonner et briser successivement sa statue, nous l’idéalisons à notre tour aussi déraisonnablement que nous le honnissons.
Toutes ces lacunes rendent son existence à nos yeux fort improbable, et justifient sans doute un certain négationnisme à l’égard du plus improbable dans tout le Moyen Age : l’homme du XIIe siècle. Parce que le XIIe est le plus « médiéval » de tous les siècles, ce qui signifie qu’il est le plus « sans » … Peut-être parce qu’il est le plus pèlerin. En effet, le secret de la non existence de l’homme du XIIe siècle tient peut-être dans ceci : qu’il est, plus encore que les autres, non pas un nomade, mais un pèlerin de la terre, qui n’a pas cru bon de laisser beaucoup d’autres signes de son passage transitoire que ceux de son élan vers le ciel, dans son architecture et dans son chant.
Céline Magrini, La Nation, No. 1847
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26.08.2008
La 317ème section, de Pierre Schoendoerffer
Indochine, mai 1954. Alors que Dien Bien Phu est en train de tomber, la 317ème section, composée de supplétifs vietnamiens encadrés par un officier et des sous-officiers français, reçoit l’ordre de quitter le poste isolé de Luong Ba qu’elle occupait à la frontière du Laos pour rejoindre la base de Lao Tsaï située à 150 kilomètres. Après plusieurs jours de marche, d’embuscades en embuscades, et avec quelques moments de répit dans des villages indigènes, les hommes de la 317ème section n’arrivent vers leur objectif que pour constater que Lao Tsaï est tombé en mains ennemies. Le film se termine lorsque les survivants de la section s’enfoncent dans la jungle, vers le Nord, pour aller y continuer le combat avec des troupes irrégulières.
Tourné au Cambodge en 1965 par Pierre Schoendoerffer, lui-même correspondant de guerre pendant la guerre d’Indochine, la 317ème section est un des meilleurs films de guerre jamais tourné.
Filmé en noir et blanc, à « hauteur d’hommes » et sans effets spectaculaires le film est proche du documentaire ce qui augmente l’atmosphère de danger, d’étouffement et d’isolement dans lequel évoluent les protagonistes de ce film âpre .
Personnages principaux: le sous-lieutenant Torrens ( Jacques Perrin) et l’adjudant Willsdorff (Bruno Cremer), l’un frai émoulu de St-Cyr Coëtqidan et l’autre, mobilisé dans la Wehrmacht pendant la seconde Guerre mondiale car Alsacien, est un vétéran du front de l’Est. On aurait pu s’attendre à ce que le réalisateur exploite le filon de la rivalité et de la lutte pour le pouvoir entre le jeune officier et le vieux baroudeur. Mais Schoendoerffer ne tombe pas dans ce piège. D’ailleurs, il ne surcharge pas ses personnages, ils parlent peu et n’étalent pas leurs états d’âme. On ne sait que l’essentiel et il faut les deviner pour le reste. Ils partagent tous bravoure, peur, résignation volonté de survivre et sens de l’honneur, ce sont des soldats oubliés d’une guerre oubliée dont le sort se règle à des milliers de kilomètres de la zone des opérations.
Et ce qui fait peut-être la grandeur de ce film c’est que, paradoxalement, il ne s’y passe pas grand-chose, on marche, on se bat, on agonise et on meurt, parfois avec le réconfort d’une pipe d’opium. « C’est dégueulasse » dit Torrens avant de mourir, « Qu’est-ce que ça veut dire, dégueulasse ? C’est la guerre » lui répond Willsdorff.
Quant à la signification politique que Schoendoerffer a peut-être voulu donner à son film, il suffit de voir le premier plan pour la comprendre : Torrens, seul à l’écran, descend le drapeau tricolore du mât du poste de Luong Ba. A ce moment, tout est déjà dit….
Plus de dix ans plus tard, avec l’admirable Crabe-Tambour, Schoendoerffer reviendra sur cette période de l’histoire, celle de la décolonisation et de la fin de ce qu’a été une fois la France, il y maintenant bien longtemps…
A noter que dans le Crabe-Tambour, le héros interprété par Jacques Perrin est un Willsdorff, frère je crois, de celui de la 317ème section qui, comme nous l’apprend une voix off à la fin du film sortira vivant d’Indochine mais sera tué en 1960 dans les djebels.
W.
16:37 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, histoire, 317ème section, schoendoerffer, indochine, guerre
21.08.2008
En tant que descendant de Winkelried..
Un article d'un certain Jean-Vital de Muralt qui conteste les interprétations historiques consistant à écorner les mythes fondateurs de la Suisse comme le pacte de 1291. Article paru dans Le Temps du 21 août 2008.
W.
12:13 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suisse, histoire, actualité, politique, société, muralt
02.08.2008
National-socialisme et modernité
On ne peut que constater que l’éternel ressassement de la Shoah dispense de se pencher sur ce qu’était effectivement le national-socialisme tout en permettant également à la démocratie terminale de dissimuler avantageusement son antisémitisme.
Il est vrai que donner une définition satisfaisante du national-socialisme est une tâche difficile. Le « dévouement inconditionnel à la personne du Führer » (Joachim Fest) comptait plus que le respect de la doctrine. Une doctrine d’ailleurs passablement floue mais orientée autour de trois éléments stables : la race, l’espace (le Lebensraum) et le combat. Et, chose essentielle à mon avis, Joachim Fest voit dans le national-socialisme une « propagande qui se donnait pour idéologie ».
Je ne peux donc m’empêcher de penser que la démocratie terminale est, comme le national-socialisme, d’abord un discours, une propagande, une diarrhée verbale organisée autour de quelques éléments plus ou moins stables et identifiables issus de la superstition progressiste tels que les droits de l’homme, l’égalitarisme, l’utopie d’une société débarrassée de toute négativité, le racialisme baptisé aujourd’hui « antiracisme » ou « diversité culturelle », l’antichristianisme (et par extension l’antisémitisme), et bien sûr ce lexique du combat ou de la lutte – la démocratie terminale se doit d’être toujours « en lutte » ou « combattre » pour ou contre quelque chose, c’est la condition même de sa survie.
A ce stade on ne peur que relever les points communs entre démocratie terminale et national- socialisme : racialisme, lexique du combat, antichristianisme, antisémitisme, car le peuple juif représente l’altérité absolue ce qui n’est pas tolérable pour cette démocratie qui rejette tout ce qui ne lui ressemble pas. Le national-socialisme s’est aussi toujours voulu et vu comme moderne et égalitaire, c’est un socialisme.
W.
14:29 Publié dans Histoire, Points de repère | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, nazisme, démocratie, socialisme, antisémitisme, shoah
14.07.2008
La guerre de Sécession

J’ai toujours aimé la guerre de Sécession, ça a commencé avec les westerns puis aussi avec la BD Blueberry, elle m’a aussi permis une fois de cartonner à un examen.
Première guerre moderne et totale, la guerre civile américaine a aussi été le premier conflit à avoir été abondamment photographié. Moment fondateur des Etats-Unis bien plus en fait que la guerre d’Indépendance elle a laissé des cicatrices qui ne sont peut-être pas encore totalement refermées aujourd’hui.
Au delà de ses enjeux immédiats, on peut s’amuser longtemps à réfléchir sur ce qu’auraient été les conséquences d’une victoire sudiste ou d’un statu quo. Nous nous serions retrouvés avec deux « Etats-Unis », plus faibles sur la scène internationale qu’une nation unifiée. Quelle aurait été par exemple l’attitude de la Confédération et de l’Union pendant la Première guerre mondiale ? Une probable non intervention américaine aurait condamné les belligérants européens à une « paix des braves » et donc pas de fascisme ou de nazisme et de révolutions communistes et encore moins de Seconde guerre mondiale et de Shoah. Peut-être que l’on trouverait toujours aujourd’hui un Habsbourg à Vienne et un Hohenzollern à Berlin, l’Inde serait toujours le joyaux de la Couronne britannique, les zones pétrolifères du Golfe seraient des protectorats des nations européennes et le surplus démographique européen irait peupler les prospères colonies d’Afrique noire ....
Ah ! Si Pickett avait réussi sa charge sur Cemetary Ridge à Gettysburg , bon Dieu !
Et au fond, la guerre de Sécession n’aurait-elle pas traversé toute l’histoire des hommes ? Ils se sont toujours plus ou moins divisés en deux camps : les Johnny Reb et les Billy Yank.
W.
14:46 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, guerre, guerre de sécession, etats-unis, amérique
25.06.2008
La sorcière et les démocrates
Le canton de Glaris (Suisse centrale) va officiellement réhabiliter aujourd’hui Anna Göldi, une femme condamnée et exécutée pour tentative de meurtre et sorcellerie en ...1782. Elle serait la dernière sorcière à avoir été exécutée en Europe.
Tant le gouvernement cantonal que les églises réformées et catholiques se sont d’abord opposés à cette réhabilitation, arguant que cette dernière avait largement été faite par le travail historique.
Mais c’était sans compter l’insistance de certains membres du Parlement cantonal et d’un journaliste ayant récemment publié un livre démontrant que le tribunal saisi pour juger Anna Göldi n’avait pas la compétence pour le faire. Ce journaliste s’est félicité du volte-face des autorités. « Je suis très heureux que le Conseil d’Etat ait changé d’avis et admis qu’il fallait dire clairement qu’Anna Göldi était innocente et avait été victime d’une scandaleuse erreur judiciaire », a-t-il déclaré.
Pour le gouvernement glaronnais, « cette réhabilitation est bien plus qu’une confirmation d’innocence. C’est l’annulation d’une sanction incompréhensible et inique et la reconnaissance d’un injustice crasse prononcée par une instance illégale » le Gouvernement ajoute encore que cette « réhabilitation n’est pas un point final et peut encourager le mouvement. »
Mais, poursuit le Conseil d’Etat glaronnais, « les générations ayant suivi celle de 1782 ne peuvent porter la responsabilité de leurs prédécesseurs. Elles doivent reconnaître les actes incompréhensibles, en supporter les conséquences et en tirer les leçons. »
Ajoutons encore qu’il existe une « Fondation Anna Göldi » dont le but est « non seulement de maintenir vivant le souvenir de la servante, mais aussi s’engager pour les marginaux, pour les minorités et les victimes d’arbitraire. Un prix devrait être décerné régulièrement.
D’autre part, le Gouvernement glaronnais a encore décidé d’allouer 60'000 francs à un prochain « festival Anna Göldi » dont on ignore la teneur. (Source : Swissinfo)
Il y avait donc des histoires de pognon dans cette affaire, mais là n’est peut-être pas l’essentiel car, au travers de cette affaire de délit sale gueule historique d’un burlesque presque trop banal aujourd'hui se révèle cependant un des traits principaux de la démocratie moderne.
Expliquons-nous. Pour le sociologue allemand Max Weber, les gouvernements peuvent s’appuyer – d’une manière idéaltypique - sur trois types de légitimité : la légitimité traditionnelle, c’est le type même d’une monarchie ; la légitimité charismatique comme le régime hitlérien par exemple et enfin la légitimité légale-rationnelle qui peut être celle de l’Etat démocratique « normal » ou « vivable ».
Or, c’est ce dernier type de légitimité qui est phase de liquidation depuis quelques décennies. La démocratie d’aujourd’hui ne repose plus sur la loi et la raison, c’est à dire une acceptation de la réalité mais sur le refus de cette dernière. Conséquences, la démocratie ne trouve sa légitimité aujourd’hui que dans le refus et la haine de tout le passé et de l’histoire et surtout dans l’autocélébration permanente d’elle-même et de ce qu’elle considère comme ses vertus. C’est là l’origine du festivisme cher à Philippe Muray et l’affaire de cette sorcière réhabilitée en est un excellent exemple.
Concluons en disant que la démocratie moderne a dû se forger un nouveau type de légitimité que nous pouvons ajouter à liste de Max Weber, celui de la légitimité autocélébrative.
W.
15:14 Publié dans Histoire, Politique, société, actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suisse, histoire, actualité, société, politique, démocratie
24.06.2008
La France est morte en 1940
Deux citations reprises du livre de Pierre Gillieth, L’épuration ou la fin d’un monde, Grez-sur-Loing, Pardès, 2007
« On célèbre, on commémore des tas d’événements glorieux ou tristes mais on passe, et pour cause, à côté du 10 mai. La France est morte ce jour-là, en 1940, où les armées allemandes sont passées à l’offensive et nous ont mis échec et mat en 3 jours. Une nation pulvérisée. Tout s’effondre... Une catastrophe dont on n’avait pas idée. Je crois qu’on ne s’en est jamais remis. Tout ce qu’on a raconté ensuite... Pétain, de Gaulle, les durs, les mous... sauver les meubles ou l’honneur... tout ça que dalle. Plus de France, finie, râpée. On a joué les prolongations en fiction, on a joué à, mais on est devenu autre chose... un demi-siècle plus tard, une colonie de Mickeyland... autoroutes... tourisme, boustife... le pouvoir à la téloche. »
Alphonse Boudard, L’étrange monsieur Joseph, Robert Laffont 1998
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« J’ai bluffé mais la première armée c’était des nègres et des Africains [ Pompidou note qu’il parlait en fait des pieds-noirs]. La division Leclerc a eu 2500 engagés à Paris. En réalité, j’ai sauvé la face mais la France ne suivait pas. Qu’ils crèvent ! C’est le fond de mon âme que je vous livre : tout est perdu. La France est finie. J’aurai écrit la dernière page. »
Déclaration faite par de Gaulle à Pompidou en 1950, reprise par ce dernier dans Pour établir la vérité, Flammarion, 1982
W.
11:53 Publié dans Citations, textes, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, citations, de gaulle, pétain, gillieth, guerre


