25.10.2008
Nicolas Gomez Davila (XXIII et fin)
Nous appelons ère libérale les quatre siècles que prit la liquidation des libertés médiévales.
Les tribunaux démocratiques ne font pas trembler le coupable, mais l’accusé.
Toute droite d’aujourd’hui n’est autre chose qu’une gauche d’hier désireuse de digérer en paix.
Le raciste s’exaspère parce qu’il soupçonne en secret que les races sont égales ; l’antiraciste aussi, parce qu’en secret il soupçonne qu’elles ne le sont pas.
Ce qui est authentiquement chrétien, ce n’est pas ce qui reçoit l’approbation condescendante de l’incrédule, c’est ce qui le scandalise.
Les jeunes secouent violemment la tête pour mieux adapter leur nuque au joug.
Le triangle : bourg, château, monastère, n’est pas une miniature médiévale. Mais un paradigme éternel.
Plutôt qu’une stratégie idéologique, la gauche est une tactique lexicographique.
Les démocrates décrivent un passé qui n’a jamais existé et prédisent un avenir qui ne se réalise jamais.
La littérature est devenue gesticulation de naufragés alors qu’elle devrait être description du naufrage.
Le monde moderne est arrivé à institutionnaliser avec une telle astuce le « changement », la « révolution », l’ « anticonformisme », que toute entreprise de libération est une routine inscrite dans le règlement de la prison.
La libération totale est le processus qui construit la prison parfaite.
Seule l’Eglise se considère comme une congrégation de pécheurs. N’importe quelle autre collectivité, religieuse ou laïque, pense être une confrérie de saints.
Aux yeux d’un démocrate, qui ne s’avilit pas est suspect.
Le romancier de gauche est toujours mauvais, parce qu’il connaît la solution de tous les problèmes.
Lorsque les « droites » assassinent, la gauche hurle et s’indigne comme si on la dépouillait d’un privilège.
Le politicien démocrate se vend toujours. Aux riches, au comptant. Aux pauvres, à terme.
Je n’appartiens pas à un monde qui disparaît. Je prolonge et je transmets une vérité qui ne meurt jamais.
Nicolas Gomez Davila
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18.10.2008
Nicolas Gomez Davila (XXII)
Le bourgeois d’hier se pardonnait tout si sa conduite sexuelle était stricte. Celui d’aujourd’hui se pardonne tout si elle est relâchée.
Le progressiste parcourt les littératures comme le puritain les cathédrales : marteau à la main.
Le raisonnement cardinal du progressiste est de tout beauté : ce qu’il y a de mieux triomphe toujours, parce qu’on appelle mieux ce qui triomphe.
La pléthore de lois est l’indice que personne ne sait plus ordonner intelligemment. Ou que personne ne sait plus obéir librement.
La raison n’est pas plus un substitut de la foi, pas plus que la couleur n’est un substitut du son.
Les problèmes modernes ne méritent pas qu’on les résolve, mais qu’on les fasse avorter.
Science : ce qui n’atteint l’intimité de rien.
Pour que la société soit florissante, il est besoin d’un Etat faible et d’un gouvernement fort.
Lorsque le bonheur du citoyen est le but du gouvernant, la société devient un hybride de prison et d’asile.
Le 19ème siècle n’a laissé qu’une seule œuvre éthique de grand style : le corps des officiers prussiens.
On appelle communiste celui qui lutte pour que l’Etat lui assure une existence bourgeoise.
Seules l’épée et la faux procurent une fortune sans tache.
L’homme de gauche modifie ses définitions, pour nous persuader qu’il a transformé les choses.
L’histoire moderne est le dialogue entre deux hommes : l’un qui croit en Dieu, l’autre qui se croit Dieu.
L’histoire manque d’intérêt si elle n’a pas d’autre toile de fond que l’inutilité magnifique de la nuit étoilée.
Le monde moderne ne sera pas châtié. Il est le châtiment.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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11.10.2008
Nicolas Gomez-Davila (XXI)
La société moderne est en train d’abolir la prostitution grâce à la promiscuité.
En quel Dieu ont bien pu croire ceux qui ont cessé de croire en lui.
Jusqu’à quand le rationalisme tolérera-t-il que l’humanité brûle ses cadavres au lieu de les consommer.
Ni l’éloquence révolutionnaire ni les lettres d’amour ne peuvent être lues par un tiers sans le faire éclater de rire.
La stupidité est le combustible de la révolution.
La disparition des rangs fait obstacle à la communication entre les hommes. Marchant en troupeau, les individus ne se tiennent plus par la main, ils jouent des coudes pour avancer.
Les démocrates se divisent entre ceux qui croient la perversité curable et ceux qui nient qu’elle existe.
La littérature ne périt pas parce que personne n’écrit, mais quand tout le monde écrit.
Le démocrate ne se contente pas que nous respections ce qu’il veut faire de sa vie, il exige en outre que nous respections ce qu’il veut faire de la nôtre.
La « vie » est devenue à ce point la fin suprême du monde moderne, que celui qui vit pour autre chose, ne serait-ce que pour manger, éveille notre sympathie.
Les riches ne sont inoffensifs que là où ils sont exposés au dédain d’une aristocratie.
L’Etat moderne est un pédagogue qui ne donne jamais de diplôme à ses élèves.
Aucun conte populaire n’a jamais commencé ainsi : il était une fois un président…
L’homme intelligent en vient rapidement à des conclusions réactionnaires. Aujourd’hui cependant, le consensus universel des imbéciles l’intimide. Quand on l’interroge en public, il nie être galiléen.
Les sociétés moribondes accumulent les lois comme les moribonds les remèdes.
Nicolas Gomez-Davila, Les horreurs de la démocratie
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05.10.2008
Nicola Gomez Davila (XX)
Les civilisations sont l’écho de ces rares instants où l’homme n’assume que ce qu’il se sent prêt à assumer éternellement.
En pensant ouvrir les bras au monde moderne, l’Eglise a fini par lui ouvrir les cuisses.
Le catholique progressiste va ramasser sa théologie dans la poubelle de la théologie protestante.
Aujourd’hui Jésus-Christ n’arriverait pas à se faire écouter comme fils de Dieu, mais comme fils de charpentier.
L’amour est une transmutation du champ érotique, qui se produit quand il y a un déséquilibre entre ses pôles. Entre égaux, on ne fait que copuler.
Quand la liberté cesse d’être soumission aux plus hautes valeurs de l’époque pour se transformer en droit d’exprimer notre insignifiante individualité, mieux vaut encore la discipline de la caserne socialiste.
L’individu obéissant à une vocation authentique est réactionnaire. Quelles que soient les opinions qu’il nourrit. Est démocrate celui qui attend du monde extérieur la définition de ses objectifs.
L’amour païen et l’amour romantique sont aussi innocents l’un que l’autre ; seule est dépravée la sexualité satisfaite et hygiénique entre égaux.
Que le christianisme ne résolve pas les problèmes sociaux n’est pas une raison pour devenir apostat, sinon pour celui qui oublie qu’il n’a jamais promis de les résoudre.
Les choses ne sont pas muettes. Simplement elles choisissent leurs auditeurs.
Cette libération de l’humanité qu’a tant chantée le 19ème siècle s’est finalement résumée au tourisme international.
Plaignons l’égalitariste. Quelle tristesse d’ignorer qu’il y a des degrés et des degrés bien au-dessus de notre médiocrité.
L’organe du plaisir est l’intelligence.
Raison, Progrès, Justice, voilà les trois vertus théologales des imbéciles.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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28.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XIX)
La crucifixion, selon le christianisme d’aujourd’hui, ne fut qu’une lamentable erreur judiciaire.
Une révolution est légitime uniquement lorsque le révolutionnaire sent dans la moelle de ses os que la société contre laquelle il se soulève est, légalement, coupable de rébellion.
N’espérons pas que la civilisation renaisse tant que l’homme ne se sentira pas humilié de se consacrer corps et âme à des tâches économiques.
Il a été donné à ce siècle d’inventer le pédantisme de l’obscénité.
La ferveur du culte que le démocrate rend à l’humanité n’a d’égale que la froideur par laquelle il manifeste son manque de respect pour l’individu. Le réactionnaire, lui, dédaigne l’homme, sans trouver aucun individu méprisable.
Le Progrès se réduit finalement à voler à l’homme ce qui l’ennoblit, pour pouvoir lui vendre au rabais ce qui l’avilit.
Les anciens despotismes se contentaient de confiner l’homme dans sa vie privée, ceux à la mode du jour préfèrent qu’il n’ait qu’une vie publique.
Pour domestiquer l’homme, il suffit de politiser tous ses gestes.
Les trois ennemis de l’homme sont : le démon, l’Etat et la technique.
Le capitalisme est abominable parce qu’il assure la répugnante prospérité promise en vain par le socialiste qui le hait.
Quand la patrie n’est pas le territoire des temples et des tombes, mais une simple somme d’intérêts, le patriotisme est déshonorant.
Les insolences de l’adolescent ne sont que les ruades de l’âne qui se fait à son écurie. Tandis que l’insolence de l’adulte qui secoue soudain de ses épaules les années de patience sous lesquelles il s’est courbé est un spectacle admirable.
L’éthique doit être l’esthétique du comportement.
Le christianisme n’a pas inventé la notion de péché, mais celle de pardon.
Il y a deux sortes de niais :
Ceux qui « veulent être comme les autres »,
Ceux qui « ne veulent pas être comme les autres ».
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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22.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XVIII)
Le catholique progressiste prétend restaurer le christianisme primitif en rapetassant le moralisme humanitaire des abbés incrédules du XVIIIème siècle.
Etre chrétien à la mode actuelle consiste moins à nous repentir de nos péchés qu’à nous repentitr du christianisme.
Est cultivé l’homme pour qui rien n’est dénué d’intérêt, et presque tout d’importance.
Plus les hommes se sentent égaux, plus ils tolèrent facilement qu’on les traite comme des pièces interchangeables, remplaçables et superflues. L’égalité est la condition psychologique préalable aux massacres scientifiques et impassibles.
Le peuple n’envahit que les palais déjà désertés.
La société libre n’est pas celle qui a le droit d’élire ceux qui la gouvernent, mais celle qui élit ceux qui ont le droit de la gouverner.
Les opinions révolutionnaires ouvrent la seule carrière, dans la société actuelle, qui assure une position sociale respectable, lucrative, et paisible.
Cela fait deux siècles que le peuple a sur le dos non seulement ceux qui l’exploitent, mais aussi ses libérateurs. Son dos est courbé sous ce double poids.
« Dieu est mort », s’est exclamé ce Vendredi saint que fut le XIXème siècle. Aujourd’hui nous vivons dans le silence atroce du samedi. Dans le silence de la tombe habitée. En quel siècle se lèvera, sur la tombe désertée, l’aurore du Dimanche pascal ?
Le gens de gauche ne sont pas les représentants des pauvres, mais les délégués des idées pauvres.
Le vrai catholique dissimule sa foi. Non pas qu’il en ait honte, mais pour qu’elle n’ait pas honte de lui.
Les prises de position révolutionnaires de la jeunesse moderne sont des preuves irréfutables de ses aptitudes à la carrière administrative. Les révolutions sont de parfaites couveuses à démocrates.
La vie est une fabrique de hiérarchies. La mort seule est démocratique.
« Dignité de l’homme », « grandeur de l’homme », « droits de l’homme », etc. ; hémorragie verbale que la simple vue de notre visage, le matin dans le miroir, quand nous nous rasons, devrait tarir aussitôt.
Ayant promulgué le dogme de l’innocence originelle, la démocratie conclut que le coupable du crime n’est pas l’assassin qui convoite, mais la victime qui a excité sa convoitise.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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20.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XVII)
A la littérature appartient tout livre qu’on peut lire deux fois.
En un siècle où les médias publicitaires divulguent un nombre infini de sottises, l’homme cultivé ne se définit pas par ce qu’il sait mais par ce qu’il ignore.
Les aristocraties sont les enfantements normaux de l’histoire, les démocraties en sont les avortements.
La vénération de l’humanité est répugnante, comme tout culte de soi-même.
Rien ne donne plus d’aisance au révolutionnaire pour ordonner d’innombrables exécutions que de se savoir opposé à la peine de mort.
L’inintelligible est la région où l’âme, enfin, respire.
L’homme de gauche se préoccupe autant des problèmes du XIXème siècle qu’il reste indifférent à ceux du XXème.
L’incrédule s’imagine que la religion prétend apporter des solutions, tandis que le croyant sait qu’elle promet seulement de multiplier les énigmes.
Le monde moderne n’est pas une calamité définitive. Il y a des dépôts d’armes clandestins.
La Révolution française paraît admirable à celui qui la connaît mal, terrible à celui qui la connaît mieux, grotesque à celui qui la connaît bien.
Les projets de l’homme manquent d’intérêt. Seule l’histoire est intéressante. C'est-à-dire : ce que Dieu fait des projets des hommes.
Il y a deux formes symétriques de barbarie : celle des peuples qui n’ont que des coutumes et celle des peuples qui ne respectent que des lois.
L’intelligence sans préjugés est simplement celle qui connaît les siens.
La liberté, pour le démocrate, ne consiste pas à pouvoir dire tout ce qu’il pense, mais à n’avoir pas à penser tout ce qu’il dit.
Aujourd’hui, se dire « chrétien » est généralement une façon d’indiquer qu’on ne lutte pas contre le christianisme de dehors, mais du dedans.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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14.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XVI)
Ce qu’on pense contre l’église, si l’on ne le pense pas depuis l’Eglise, manque de tout intérêt.
La foi, c’est ce qui nous permet de nous égarer dans n’importe quelle idée, sans perdre de vue le chemin du retour.
Les partis libéraux ne comprennent jamais que le contraire du despotisme n’est pas la niaiserie, c’est l’autorité.
Les sociétés agonisantes luttent contre l’histoire en émettant des lois, comme les naufragés contre les eaux en poussant des cris. Brefs remous.
La sagesse, en ce siècle, consiste avant tout à savoir supporter la vulgarité sans se mettre en rage.
Aujourd’hui le riche vit sa richesse avec une avidité de pauvre enrichi et le pauvre sa pauvreté avec une rancœur de riche dépossédé.
La richesse a perdu ses vertus propres et la pauvreté les siennes.
L’individualisme moderne se réduit à faire passer pour personnelles et originales les opinions partagées par tout le monde.
Prendre le pauvre sous son aile a toujours été, en politique, le moyen le plus sûr de s’enrichir.
Quand les convoitises individuelles se rassemblent, nous avons pris l’habitude de les appeler nobles aspirations populaires
Le gauchiste hurle à la mort de la liberté quand ses victimes refusent de financer leur propre assassinat.
La dignité de l’homme réside en la soumission qui le libère.
L’authentique révolutionnaire se soulève pour abolir la société qu’il déteste, le révolutionnaire actuel se rebelle pour hériter d’une société qu’il envie.
Le prêchi-prêcha progressiste nous a pervertis à un tel point qu personne ne croit être celui qu’il est, mais celui qu’il n’a pas réussi à être.
La « culture » n’est pas tant la religion des athées que celle des incultes.
Mûrir ne consiste pas à renoncer à nos aspirations, mais à admettre que le monde n’est pas obligé d’y satisfaire.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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10.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XV)
La tentation pour le communiste, c’est la liberté de l’esprit.
La personnalité, de nos jours, est la somme de ce qui impressionne les sots.
Nous convertir, c’est sentir que nous sommes en train d’inventer la religion à laquelle nous nous convertissons.
La tyrannie la plus exécrable est celle qui invoque des principes que nous respectons.
Les préjugés ont ceci de bon, qu’ils préservent des idées stupides.
Nous ne blâmons pas le capitalisme parce qu’il fomente l’inégalité, mais pour favoriser l’ascension de types humains inférieurs.
Pour la défense de la liberté, il suffit d’un soldat ; l’égalité, pour s’imposer, a besoin d’un escadron de policiers.
Démagogie est le mot qu’emploient les démocrates quand la démocratie leur fait peur.
Le catholique authentique n’est pas en deçà du blasphème, mais au-delà.
Le réactionnaire est l’instigateur de cette insurrection radicale contre la société moderne que la gauche ne cesse de prôner, mais qu’elle élude avec soin dans ses farces révolutionnaires.
L’angoisse devant le crépuscule de la civilisation est une affliction réactionnaire. Le démocrate ne peut gémir sur la disparition de ce qu’il ignore.
L’adhésion au communisme est le rite qui permet à l’intellectuel bourgeois d’exorciser sa mauvaise conscience sa abjurer sa condition de bourgeois.
Les révolutions démocratiques donnent le coup d’envoi des exécutions en annonçant la proche abolition de la peine de mort.
L’historien démocratique enseigne que le démocrate ne tue que parce que ses victimes l’obligent à les tuer.
Le communisme hait le capitalisme par complexe d’Œdipe.
Le réactionnaire, lui, ne fait que le considérer d’un Œil xénophobe.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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07.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XIV)
Spasmes de vanité blessée, ou de cupidité flouée, les doctrines démocratiques inventent les maux qu’elles dénoncent pour justifier le bien qu’elles proclament.
Dans la société médiévale la société est l’Etat ; dans la société bourgeoise Etat et société s’affrontent ; dans la société communiste l’Etat est la société.
La plus grande astuce du mal est sa transformation en un dieu domestique et discret, dont la présence familière nous réconforte.
Parmi les succédanés modernes de la religion, le moins abjecte est sans doute le vice.
Le péché originel du libéralisme est l’attribution à chaque individu de tous les attributs susceptibles d’appartenir à l’homme.
La culture n’occupera jamais les loisirs des travailleurs, parce qu’elle est le travail exclusif de l’homme de loisir.
Civilisation : c’est ce que les plus vieux parviennent à protéger contre les assauts des jeunes idéalistes.
Grâce à l’orgueil il parvint à la sainteté : Dieu lui paraissait le seul spectateur qu’il valût la peine d’intéresser.
Ne dépendre que de la volonté de Dieu : c’est là notre véritable autonomie.
Les vertus de la pauvreté ne fleurissent guère que chez le riche qui se dépouille de ses biens.
Le prestige de la liberté dans cette société qui professe un déterminisme scientifique est un vestige chrétien.
L’homme ne crée pas ses dieux à son image et à sa ressemblance, mais il se conçoit à l’image et à la ressemblance des dieux en lesquels il croit.
Le christianisme contrarie les banales exigences de la raison de l’homme pour mieux combler les aspirations profondes de son essence.
Marx enrôle au service du prolétariat les accusations contre la société bourgeoise formulées par les écrivains réactionnaires.
Critiquer le bourgeois est doublement applaudi : par les marxistes, qui nous jugent intelligents parce que nous corroborons leurs préjugés ; et par les bourgeois, qui nous jugent lucides parce qu’ils pensent à leur voisin.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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