21.07.2009
Le compte à rebours de l'humanité - un texte indédit de Philippe Muray
Un texte inédit de Philippe Muray piqué sur Cultural Gangbang
Le compte à rebours de l'humanité
L'indifférenciation est la forme d'accord ultime avec le monde dans lequel nous vivons. Elle est aussi l'argument par lequel ce monde entend nous convaincre, définitivement et sans réplique, de sa bonté illimitée, de sa bienfaisance et surtout de son innocence. Par elle, tous les prestiges de l'ordre moderne mondial s'assurent une domination sans contrepartie. Le carnaval des identités floues, la poésie, l'idylle joyeuse, l'oubli du passé, le réenchantement de l'existence, la prévention du Mal et des aléas de la vie par la destruction de l'autre (de toutes les singularités adverses), y trouvent un nombre considérable de débouchés. Enfin et par-dessus tout, l'indifférenciation est la voie ouverte à l'inceste, notre horizon impensé, encore plus ou moins lointain, mais déjà si délectable.
L'Empire mondial lui-même (en gros, les États-Unis, mais pas seulement) est indifférenciant, avec ses valeurs fondées sur l'évidence, ses intentions irréversibles, son Bien qu'on ne discute pas, sa détermination avouée d'en finir une bonne fois avec tout ce qui ne relève pas encore, ici ou là, de la démocratie et du l'humanitaire mondialisés. L'Europe divine telle qu'elle s'impose contre les peuples marche dans la même direction. Et tout cela se chante dans l'espèce de créole planélaire anglo-babélien qui est la langue même de l'indifférenciation.
Cependant, il n'est pas besoin d'être très freudien pour identifier, à travers ce grand mouvement occidental d'effacement de toutes les différences, sous les masques les plus divers et les arguties les plus sophistiquées, la réalisation collective de la pulsion de mort, c'est-à-dire le vieil idéal de rétablissement d'un état antérieur à la vie et à l'Histoire, état auquel nous avons dû renoncer précisément quand nous sommes entrés dans l'Histoire. Le sexe, les sexes, la guerre des sexes, toute cette fatigante épopée à base d'exogamie et d'effroi de retomber dans le Même, dans l'inceste, dans la répétition et dans l'inerte, perdent ce qui leur restait de séduction face à la perspective de retrouver la paix en effaçant toutes les différences encore existantes et en ramenant l'organique à l'inorganique. De ce point de vue l'histoire de l'Occident, et plus généralement de tous les pays qui accèdent et accéderont à la démocratie et à l'humanitaire, n'est plus que celle d'un compte à rebours fatal déjà largement entamé. L'humanite y retourne à sa disparition.
Cette situation devrait faire peur ; mais, par un paradoxe étrange, elle apparaît au contraire généralement comme enchanteresse. C'est qu'elle procède de l'effondrement des interdits anciens et des rituels de filiation, et qu'elle s'accompagne de l'effacement des vieilles instances symboliques. Toute transcendance terrassée, toute verticalité anéantie au profit d'un lien horizontal qui ne paraît étouffant qu'aux mauvais esprits, commencent alors les bacchanales de la promiscuité (notamment par la dissolution des différences sexuelles et générationnelles), d'autant plus gratifiantes qu'elles s'élaborent sur la défaite du vieux monde, et qui ne se connaissent plus qu'une seule limite : la pédophilie, devenue obsessionnelle pour ne pas voir qu'elle est une conséquence parmi d'autres de ce système de dissolution des différences partout ailleurs encensé.
Bien entendu, cette volonté d'indifférenciation généralisée est aussi une farce. Une farce contemporaine. Elle se construit, avec la complicité crédule de tout le monde, sur la dénégation d'un certain nombre de différences de toute façon irréductibles, à commencer par la morphologique. On ripostera donc que ces différences irréductibles ne sont elles-mêmes que des constructions culturelles. On accablera sous le nom d'«idéologie naturalisante» (c'est très vilain l'«idéologie naturalisante») l'obstination résiduelle et véritablement réactionnaire à présenter la différence des sexes comme une donnée inaltérable. On dira que l'anatomie est trompeuse. On s'appuiera sur de récents travaux scientifiques d'anthropologues ou de généticiens pour affirmer que la spécificité des deux sexes semble de plus en plus indéfinissable. On ressortira l'exemple des hermaphrodites. On rappellera que les femmes aussi fabriquent de la testostérone et les hommes des oestrogènes. On chantera les merveilles de l'ectogénèse. On expliquera que, dans un avenir proche, la déjà très modeste contribution masculine à la fécondation ne sera plus qu'accessoire. On montera en épingle l'exploit de ces biologistes japonais qui ont réussi à créer en laboratoire une souris issue d'un ovule fécondé par un autre ovule et sans apport de sperme.
Par-dessus tout, on se réjouira de pouvoir annoncer le proche achèvement des grands travaux de déconstruction des identités sexuelles, devenues de simples rôles sur le nouveau théâtre du genre et qui, comme tels, peuvent avantageusement être changés, permutés, en tout cas entraînés dans une joyeuse farandole de nouvelles différences biscornues, floues, interchangeables et pratiquement démultipliables à l'infini.
Car il faut tout de même encore, chemin faisant, et tandis que s'intensifient ces grands travaux, que l'on offre des différences de substitution à des individus qui, bien que prêts à plonger sans retour dans le grand bain néo-amniotique de l'indifférenciation, continuent à repérer des différences entre eux, dans leurs personnalités, leurs capacités, leurs modes d'actions, leurs comportements. Ainsi l'indifférenciation a-t-elle la bonté d'assurer aux différences qu'elle déconstruit une seconde vie, une existence de consolation et de remplacement par multiplication de petites différences résiduelles fondées sur des manies, des acharnements, des inclinations particulières, mais toujours puissamment alimentées par l'électricité très spéciale d'une libido qui supplante aujourd'hui toutes les autres et dont les médias raffolent parce qu'elle garantit une accumulation d'événements de tout repos : la libido judicandi, où toute envie du pénal trouve son apothéose.
De ce point de vue, les histoires édifiantes commencent à proliférer, et elles sont toujours contées sur ce mode à la fois épique et chafouin qui est un des styles les plus réussis de l'époque. Pour qu'une belle histoire d'indifférenciation (c'est à-dire, concrètement, de transsexualité, d'homoparentalité, de mariage gay, etc.) captive les foules, il faut qu'elle puisse être narrée comme une conquête en cours contre les forces les plus obscurantistes encore existantes, comme la geste héroïque de quelques pionniers ou pionnières aux projets irréprochables mais constamment minés par un complot réactionnaire universel et increvable. L'issue du combat devra rester incertaine, du moins dans le discours qui le chante, ne serait-ce que pour soutenir l'intérêt tout le temps qu'il se développe, et bien que chacun sache d'avance quelle en sera la conclusion. Le nouveau, de toute façon, et au bout du compte, doit toujours l'emporter sur l'ancien, même si, chemin faisant, il se donne l'apparence de ne pas connaître cette loi qui lui est si favorable. C’est ainsi que dans la presse, ces derniers temps, et pour ne prendre que cet exemple, s'est émue de la juste lutte de Gabrielle et d'Évangéline, deux jeunes femmes qui vivent ensemble dans la région de Nantes. La première, Gabrielle, a eu un enfant par insémination artificielle. Du coup Évangéline, sa compagne, réclame en tant que «père» des prestations à la Sécurité sociale, et d'abord le droit comme tous les pères (bien qu'elle se fasse appeler «maman» par le rejeton de Gabrielle) à un «congé paternité». Devant la résistance de la Caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique, qui envisage toutefois la modification de son logiciel afin de pouvoir enregistrer Gabrielle et Évangéline comme parents sous les appellations de «madame et madame», elles attaquent celle-ci en justice pour «faire du raffut afin que les choses bougent». D'ores et déjà les arguments de leurs adversaires («Nous ne faisons qu'appliquer une loi disant que les congés paternité sont attribués au père de l'enfant : aux dernières nouvelles, un papa ne peut pas être une maman») apparaissent de peu de poids face à la volonté de si intéressantes et dérangeantes guerrières. Mais la chose se corse encore lorsqu'on apprend qu'à son tour Évangéline est enceinte, par le même procédé que sa compagne, et qu'elle va donc avoir droit elle aussi à un congé maternité tout en persistant à revendiquer un congé paternité puisqu'elle continue à se définir comme la figure paternelle de l'enfant de Gabrielle.
Une telle situation, qui pourrait encore se complexifier, promet de savoureux procès en série, et on pourrait imaginer qu'ils seront sans fin puisque, en régime d'indifférenciation triomphante, les nouvelles différences sont elles-mêmes démultipliables à l'infini.
Plus généralement, dans le compte à rebours global de l'espèce, se profilent de nouvelles histoires d'après l'Histoire, de nouveaux contes, de nouvelles brassées de contes, de contrecontes et d'anti-contes ; et tous, d'une manière ou d'une autre, racontent le retour à l'état inerte et indifférencié d'avant la vie et d'avant l'Histoire. Ou, plutôt, ils raconteraient ce retour si on était encore capable de les déchiffrer de cette manière. Mais notre civilisation, qui a entrepris le grand retour à l'inorganique, met également tous les moyens en oeuvre pour que ces capacités de déchiffrement, liées aux anciennes conditions historiques, s'effacent des consciences. Elle s'est jurée d'être la première à ne pas laisser en son sein naître d'ennemis mortels. Elle y réussit d'autant mieux qu'elle est elle-même la mort.
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15.07.2009
Alexandre Zinoviev
"La sottise doit s'apprendre comme l'intelligence. Ce n'est qu'au cours d'une longue vie et d'un entraînement prolongé que les hommes parviennent à un très haut degré de sottise."
Alexandre Zinoviev, Les Hauteurs béantes, cité par Eric Werner dans L'après démocratie, p. 26
12:21 Publié dans Citations, textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : citations, citation, alexandre zinoviev, eric werner
11.02.2009
Cormac McCarthy
[…] Finalement, elle m’a dit comme ça : Je n’aime pas le chemin que prend ce pays. Je veux que ma petite fille puisse avoir une IVG. Et je lui ai dit eh bien madame je ne crois pas que ça doive vous inquiéter le chemin que prend ce pays. Moi au train où vont les choses je ne doute pas une minute que votre petite-fille pourra avoir une IVG. Je dirais même que non seulement elle pourra se faire avorter, mais elle pourra vous faire endormir, ce qui a tout de suit coupé court à la conversation.
Cormac McCarthy, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (No Country for Old Men)
14:19 Publié dans Citations, textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cormac mccarthy, citation, no country for old men
06.01.2009
Le crime des Blancs
"Le crime des Blancs n'est pas d'avoir pris part au trafic des esclaves – le leur n'a rien innové sur cette côte – mais d'y avoir introduit la religion du travail."
Ernst Jünger, Soixante-dix s'efface II - 1971-1980 (1981)
21:08 Publié dans Citations, textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : citation, ernst junger, citations
20.12.2008
Bach
“Sans Bach, la théologie serait dépourvue d’objet, la création fictive, le néant péremptoire. S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu.”
Cioran
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18.10.2008
Nicolas Gomez Davila (XXII)
Le bourgeois d’hier se pardonnait tout si sa conduite sexuelle était stricte. Celui d’aujourd’hui se pardonne tout si elle est relâchée.
Le progressiste parcourt les littératures comme le puritain les cathédrales : marteau à la main.
Le raisonnement cardinal du progressiste est de tout beauté : ce qu’il y a de mieux triomphe toujours, parce qu’on appelle mieux ce qui triomphe.
La pléthore de lois est l’indice que personne ne sait plus ordonner intelligemment. Ou que personne ne sait plus obéir librement.
La raison n’est pas plus un substitut de la foi, pas plus que la couleur n’est un substitut du son.
Les problèmes modernes ne méritent pas qu’on les résolve, mais qu’on les fasse avorter.
Science : ce qui n’atteint l’intimité de rien.
Pour que la société soit florissante, il est besoin d’un Etat faible et d’un gouvernement fort.
Lorsque le bonheur du citoyen est le but du gouvernant, la société devient un hybride de prison et d’asile.
Le 19ème siècle n’a laissé qu’une seule œuvre éthique de grand style : le corps des officiers prussiens.
On appelle communiste celui qui lutte pour que l’Etat lui assure une existence bourgeoise.
Seules l’épée et la faux procurent une fortune sans tache.
L’homme de gauche modifie ses définitions, pour nous persuader qu’il a transformé les choses.
L’histoire moderne est le dialogue entre deux hommes : l’un qui croit en Dieu, l’autre qui se croit Dieu.
L’histoire manque d’intérêt si elle n’a pas d’autre toile de fond que l’inutilité magnifique de la nuit étoilée.
Le monde moderne ne sera pas châtié. Il est le châtiment.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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11.10.2008
Nicolas Gomez-Davila (XXI)
La société moderne est en train d’abolir la prostitution grâce à la promiscuité.
En quel Dieu ont bien pu croire ceux qui ont cessé de croire en lui.
Jusqu’à quand le rationalisme tolérera-t-il que l’humanité brûle ses cadavres au lieu de les consommer.
Ni l’éloquence révolutionnaire ni les lettres d’amour ne peuvent être lues par un tiers sans le faire éclater de rire.
La stupidité est le combustible de la révolution.
La disparition des rangs fait obstacle à la communication entre les hommes. Marchant en troupeau, les individus ne se tiennent plus par la main, ils jouent des coudes pour avancer.
Les démocrates se divisent entre ceux qui croient la perversité curable et ceux qui nient qu’elle existe.
La littérature ne périt pas parce que personne n’écrit, mais quand tout le monde écrit.
Le démocrate ne se contente pas que nous respections ce qu’il veut faire de sa vie, il exige en outre que nous respections ce qu’il veut faire de la nôtre.
La « vie » est devenue à ce point la fin suprême du monde moderne, que celui qui vit pour autre chose, ne serait-ce que pour manger, éveille notre sympathie.
Les riches ne sont inoffensifs que là où ils sont exposés au dédain d’une aristocratie.
L’Etat moderne est un pédagogue qui ne donne jamais de diplôme à ses élèves.
Aucun conte populaire n’a jamais commencé ainsi : il était une fois un président…
L’homme intelligent en vient rapidement à des conclusions réactionnaires. Aujourd’hui cependant, le consensus universel des imbéciles l’intimide. Quand on l’interroge en public, il nie être galiléen.
Les sociétés moribondes accumulent les lois comme les moribonds les remèdes.
Nicolas Gomez-Davila, Les horreurs de la démocratie
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28.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XIX)
La crucifixion, selon le christianisme d’aujourd’hui, ne fut qu’une lamentable erreur judiciaire.
Une révolution est légitime uniquement lorsque le révolutionnaire sent dans la moelle de ses os que la société contre laquelle il se soulève est, légalement, coupable de rébellion.
N’espérons pas que la civilisation renaisse tant que l’homme ne se sentira pas humilié de se consacrer corps et âme à des tâches économiques.
Il a été donné à ce siècle d’inventer le pédantisme de l’obscénité.
La ferveur du culte que le démocrate rend à l’humanité n’a d’égale que la froideur par laquelle il manifeste son manque de respect pour l’individu. Le réactionnaire, lui, dédaigne l’homme, sans trouver aucun individu méprisable.
Le Progrès se réduit finalement à voler à l’homme ce qui l’ennoblit, pour pouvoir lui vendre au rabais ce qui l’avilit.
Les anciens despotismes se contentaient de confiner l’homme dans sa vie privée, ceux à la mode du jour préfèrent qu’il n’ait qu’une vie publique.
Pour domestiquer l’homme, il suffit de politiser tous ses gestes.
Les trois ennemis de l’homme sont : le démon, l’Etat et la technique.
Le capitalisme est abominable parce qu’il assure la répugnante prospérité promise en vain par le socialiste qui le hait.
Quand la patrie n’est pas le territoire des temples et des tombes, mais une simple somme d’intérêts, le patriotisme est déshonorant.
Les insolences de l’adolescent ne sont que les ruades de l’âne qui se fait à son écurie. Tandis que l’insolence de l’adulte qui secoue soudain de ses épaules les années de patience sous lesquelles il s’est courbé est un spectacle admirable.
L’éthique doit être l’esthétique du comportement.
Le christianisme n’a pas inventé la notion de péché, mais celle de pardon.
Il y a deux sortes de niais :
Ceux qui « veulent être comme les autres »,
Ceux qui « ne veulent pas être comme les autres ».
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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22.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XVIII)
Le catholique progressiste prétend restaurer le christianisme primitif en rapetassant le moralisme humanitaire des abbés incrédules du XVIIIème siècle.
Etre chrétien à la mode actuelle consiste moins à nous repentir de nos péchés qu’à nous repentitr du christianisme.
Est cultivé l’homme pour qui rien n’est dénué d’intérêt, et presque tout d’importance.
Plus les hommes se sentent égaux, plus ils tolèrent facilement qu’on les traite comme des pièces interchangeables, remplaçables et superflues. L’égalité est la condition psychologique préalable aux massacres scientifiques et impassibles.
Le peuple n’envahit que les palais déjà désertés.
La société libre n’est pas celle qui a le droit d’élire ceux qui la gouvernent, mais celle qui élit ceux qui ont le droit de la gouverner.
Les opinions révolutionnaires ouvrent la seule carrière, dans la société actuelle, qui assure une position sociale respectable, lucrative, et paisible.
Cela fait deux siècles que le peuple a sur le dos non seulement ceux qui l’exploitent, mais aussi ses libérateurs. Son dos est courbé sous ce double poids.
« Dieu est mort », s’est exclamé ce Vendredi saint que fut le XIXème siècle. Aujourd’hui nous vivons dans le silence atroce du samedi. Dans le silence de la tombe habitée. En quel siècle se lèvera, sur la tombe désertée, l’aurore du Dimanche pascal ?
Le gens de gauche ne sont pas les représentants des pauvres, mais les délégués des idées pauvres.
Le vrai catholique dissimule sa foi. Non pas qu’il en ait honte, mais pour qu’elle n’ait pas honte de lui.
Les prises de position révolutionnaires de la jeunesse moderne sont des preuves irréfutables de ses aptitudes à la carrière administrative. Les révolutions sont de parfaites couveuses à démocrates.
La vie est une fabrique de hiérarchies. La mort seule est démocratique.
« Dignité de l’homme », « grandeur de l’homme », « droits de l’homme », etc. ; hémorragie verbale que la simple vue de notre visage, le matin dans le miroir, quand nous nous rasons, devrait tarir aussitôt.
Ayant promulgué le dogme de l’innocence originelle, la démocratie conclut que le coupable du crime n’est pas l’assassin qui convoite, mais la victime qui a excité sa convoitise.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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14.09.2008
Nicolas Gomez Davila (XVI)
Ce qu’on pense contre l’église, si l’on ne le pense pas depuis l’Eglise, manque de tout intérêt.
La foi, c’est ce qui nous permet de nous égarer dans n’importe quelle idée, sans perdre de vue le chemin du retour.
Les partis libéraux ne comprennent jamais que le contraire du despotisme n’est pas la niaiserie, c’est l’autorité.
Les sociétés agonisantes luttent contre l’histoire en émettant des lois, comme les naufragés contre les eaux en poussant des cris. Brefs remous.
La sagesse, en ce siècle, consiste avant tout à savoir supporter la vulgarité sans se mettre en rage.
Aujourd’hui le riche vit sa richesse avec une avidité de pauvre enrichi et le pauvre sa pauvreté avec une rancœur de riche dépossédé.
La richesse a perdu ses vertus propres et la pauvreté les siennes.
L’individualisme moderne se réduit à faire passer pour personnelles et originales les opinions partagées par tout le monde.
Prendre le pauvre sous son aile a toujours été, en politique, le moyen le plus sûr de s’enrichir.
Quand les convoitises individuelles se rassemblent, nous avons pris l’habitude de les appeler nobles aspirations populaires
Le gauchiste hurle à la mort de la liberté quand ses victimes refusent de financer leur propre assassinat.
La dignité de l’homme réside en la soumission qui le libère.
L’authentique révolutionnaire se soulève pour abolir la société qu’il déteste, le révolutionnaire actuel se rebelle pour hériter d’une société qu’il envie.
Le prêchi-prêcha progressiste nous a pervertis à un tel point qu personne ne croit être celui qu’il est, mais celui qu’il n’a pas réussi à être.
La « culture » n’est pas tant la religion des athées que celle des incultes.
Mûrir ne consiste pas à renoncer à nos aspirations, mais à admettre que le monde n’est pas obligé d’y satisfaire.
Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie
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